Oise

La Sucrerie de Francières

La Sucrerie de Francières, une des plus anciennes sucreries de Picardie, a été construite en 1829 et a fais du sucre à partir de betteraves pendant 140 ans.

Des centaines de femmes et d’hommes y ont travaillé et ont permis le développement de ce site exceptionnel.  La Sucrerie n’est plus en fonctionnement depuis 1969 et c’est aujourd’hui l’association Planète Sciences Hauts-de-France qui en propose la visite, notamment aux enfants d’écoles ou de centres de loisirs.

L’Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières, propriétaire de la Sucrerie, a œuvré à l’inscription du site aux Monuments Historiques en 1999 et contribue à la restauration en cours des bâtiments. L’ASSF recherche de nouveaux adhérents qui les aideraient à réhabiliter bénévolement les parties non accessibles au public, comme cela à été fait pour la chapelle.

À la fin du XIXe siècle, près de deux cents sucreries fonctionnaient en Picardie. Beaucoup n’ont pas résistées aux destructions massives de la Première Guerre mondiale. D’autres ont été victimes des indispensables modernisations techniques.

 Classée aux Monuments historiques notamment pour les traces architecturales de l’histoire qu’elle contient, la Sucrerie de Francières a longtemps été vue comme un fantôme du passé par les habitants de la région. Elle est pourtant le témoignage de l’activité industrielle, agricole, technologique et humaine de la région à cette époque. Et ce notamment grâce à Crespel-Delisse, l’un des propriétaires de la Sucrerie et pionnier de l’industrie sucrière en France. Rapidement, Crespel-Delisse, qui rachète la Sucrerie en 1833, va développer la productivité du site en installant des machines à vapeur plus puissantes.

 

Comment fabrique-t-on le sucre ?

Pour fabriquer le sucre à partir de la betterave sucrière, les graines sont semées début mars pour être récoltées à partir de septembre et jusqu’à fin janvier. Le ramassage des betteraves est un travail fastidieux : à l’époque de la sucrerie les ouvriers sont dans les champs toute la journée, le dos courbé pour ramasser les betteraves. A cette époque aussi, une graine produisait plusieurs betteraves. Aujourd’hui, une graine produit une betterave. Plus grosse et donc plus riche en saccharose.

En effet, les agriculteurs ne sont pas payés au nombre de betteraves qu’ils ramènent mais au taux de sucre qu’elles contiennent. Il faut donc les ramasser au bon moment et les emmener à la sucrerie le plus rapidement possible afin qu’elles ne perdent pas trop de sucres en restant sur le bord des routes.

A cette époque, on vend le sucre en pains de sucre chez l’apothicaire car on lui prête des vertus médicinales.

Dans la cour de la Sucrerie, on aperçoit le long de la clôture, la cour hydraulique. Ce système permettait aux agriculteurs de décharger leur marchandise à l’entrée de la Sucrerie. Les betteraves étaient ainsi transportées et nettoyées par l’eau dans le canal. On y voit également une distillerie qui permettait de faire de l’alcool à partir du sucre. Cet alcool sert aujourd’hui notamment à faire des gels hydroalcooliques, de l’éthanol et du vinaigre d’alcool.

A l’entrée de la Sucrerie, on ne peut également pas rater la cheminée. Elle servait surtout à évacuer la vapeur de l’eau qui était utilisée pour nettoyer les betteraves. En juin 1918, un obus frôle la cheminée sans qu’elle ne s’effondre. Depuis, on peut y voir cette inscription. Elle est la seule cheminée encore visible sur les trois qui ont existées. Sa hauteur était définie en fonction de la richesse du propriétaire. La moyenne étant d’une vingtaine de mètre, celle de la sucrerie de Francières mesure 35 mètres de haut.

Sur la gauche de la cheminée, on peut voir l’ancienne maison des propriétaires, aujourd’hui à l’abandon. (Ce lieu, ainsi que les anciens bureaux, nous ont été exceptionnellement ouverts pour permettre de prendre des photos mais ils ne sont habituellement pas visitables au public et sont placés sous surveillance.)

A l’intérieur, on ne peut pas rater le diffuseur. Celui-ci ne faisait pas partie de la sucrerie à l’époque de son fonctionnement. C’est une sorte de grand tambour rotatif rempli d’eau à 73°C. Le brassage des cossettes dans l’eau chaude, propulsée à contre-courant, permet de libérer le sucre. L’eau est ainsi chargée en sucre (le jus de betterave sucré) mais contient de nombreuses impuretés, qu’il faut alors séparer.

Dans la cour arrière, le four à chaux est indispensable dans la fabrication du sucre. Il sert à chauffer la chaux, une pierre qui nettoie les impuretés du jus de betterave sucré. Celui de Francières a été construit vers 1860 et a fonctionné jusqu’en 1947. Il demeure l’un des plus anciens de ce type en France.

 

Comment se passe la vie à la Sucrerie ?

A partir de 1906, la direction de la sucrerie est assurée par Gaston Benoît puis par sa femme Marguerite. Et il va montrer, notamment une volonté de se développer techniquement mais aussi d’améliorer les conditions de vie de ses salariés. Il met donc en place, entre autres, l’accès aux soins médicaux gratuits.

Les ouvriers travaillent énormément. Des liens se créent donc et c’est une véritable communauté qui vit dans la Sucrerie. Marguerite Benoit décide alors de créer une école pour les enfants des ouvriers, ces derniers travailleront certainement plus tard dans la Sucrerie. On y célèbre également des mariages, kermesses et fêtes religieuses. De l’autre coté de la route, à l’entrée du hameau, on peut encore voir d’anciennes maisons ouvrières mitoyennes. En effet, les ouvriers étaient hébergés gratuitement (avec eau courante, s’il vous plait !) par la Sucrerie.

Lors de la Première Guerre Mondiale, le mari de Marguerite Benoit est fait prisonnier de guerre. C’est alors Marguerite qui reprend l’entreprise pour la première fois. Très catholique, elle décide de faire construire une chapelle si « on s’en sort ». La chapelle fut construite à la fin de la première guerre mondiale, elle souligne ainsi la place de la religion dans la vie de l’usine.

 

En 1951, Marguerite reprend les rênes de la Sucrerie, à l’âge de 71 ans, et la maintiendra en fonctionnement jusqu’en 1969, date de fermeture de la Sucrerie.

 

Mais pourquoi du sucre de betterave ?

On utilisait à la base de la canne à sucre, se trouvant dans les Antilles, pour fabriquer le sucre. Mais Napoléon ayant perdu les Antilles face aux anglais, il décide de faire un blocus continental en 1806 et donc de créer des produits français. Mais le sucre de canne étant moins cher, il était quand même plus rentable et le blocus continental n’a donc pas duré très longtemps …

En 2008, l’Europe soutient la réhabilitation du site. Cependant, à cause de la crise financière, le projet est réduit et, aujourd’hui 1/7è du site seulement a été réhabilité. Il n’existe aujourd’hui plus qu’une sucrerie en fonctionnement dans l’Oise, celle de Chevrières. La Sucrerie est adjacente à une ferme qui est encore en fonctionnement et qui appartient à l’arrière-petit-fils de la dernière propriétaire, Marguerite Benoit.

Alexandra

 

La Sucrerie est ouverte à la visite les mardis et mercredis à 10h et 15h sur réservation uniquement. Plus d’informations par téléphone au 06.01.15.09.60 ou sur leur site Internet. En cette période, merci de vous munir de votre masque et de respecter les gestes barrières. 12 hameau de la sucrerie 60190 Francières

2 Comments

  • ASSF

    Chère madame,

    Au nom de l’Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières, propriétaire du monument que vous présentez ici, nous vous remercions de l’intérêt que vous porte la Sucrerie, mais nous vous précisons notre désaccord sur plusieurs points.

    Tout d’abord, nous nous étonnons que l’ASSF ne soit citée nulle part dans votre article, alors que c’est elle qui a œuvré à l’inscription du site aux Monuments Historiques et qui contribue à la restauration en cours des bâtiments.

    Par ailleurs, vous présentez des photos de parties du site non accessibles au public, photos sans aucun crédit de surcroit. Or, nous interdisons strictement toute visite de ces parties pour des raisons évidentes de sécurité. L’ASSF est seule habilitée à faire visiter ces lieux, en présence de l’un de ses membres. A notre connaissance, nous n’avons donné aucune autorisation de visite de ces parties du site ces semaines passées. Nous souhaitons donc avoir des explications sur ces clichés que nous n’avons pas autorisé, et nous vous demandons de bien vouloir les retirer (photos de 11 à 16).

    Bien à vous,

    I. BRICOUT
    Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières
    https://sucrerie-francieres.fr

    • alexandra gressier

      Bonjour,

      Concernant l’absence de l’ASSF dans l’article, j’ai reçu un mail (que je peux vous transférer) de Madame Lévine mardi qui me disait avoir oublié de me parler de l’association et me demandait de l’ajouter dans l’article. Je n’ai pas pris le temps de faire les modifications mais je les fait dès ce soir.

      Concernant les photos des parties non accessibles du site, Madame Lévine m’a emmené les visiter et m’a également autorisé à prendre et publier les photos des lieux. Je ne me serai absolument pas permise de publier ses photos sans autorisation. Cette article à été publié il y a plusieurs semaines, validé par Madame Lévine et a même été relayé sur les réseaux sociaux par la Sucrerie. Je suis donc étonnée de recevoir ce message maintenant, en sachant que c’était la dernière semaine de travail de Madame Lévine. Si ces photos dérange, je peux les supprimer, bien évidemment. Mon but n’est absolument pas de vous causer du tort ou de vous nuire mais de parler au mieux de votre Sucrerie ainsi que de votre Association que j’admire sincèrement.

      Je reste à votre disposition en attendant votre retour.

      Bien à vous,
      Alexandra

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